Héroïc Fantasy : Lettres de Noblesse
date de dernière mise à jour : 30/03/2008 17:33
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Après plus de dix-huit ans de travail, Soleil peut se targuer de posséder un éclatant catalogue d’Héroïc Fantasy. Sous l’impulsion du succès de Lanfeust, ce genre alors modernisé a su conquérir un très large public tout en posant de solides fondations à la maison toulonnaise.
Médiéval, mythologique ou futuriste : l’Héroïc Fantasy ne cesse de s’enrichir tout en préservant quelques règles indispensables. Visite panoramique, à l’occasion d’une opération spéciale chez les libraires spécialisés BD en ce moment même ! La question de l’origine de la Fantasy (“imagination” en anglais) dans la littérature est toujours sujette à controverse. Les uns l’attribuent aux récits mythologiques de l’antiquité, d’autres aux romans des légendes arthuriennes du Moyen-Âge ou encore à l’œuvre de Jules Verne. Plus officiellement, c’est au londonien Lord Dunsany (La Fille du roi des Elfes – 1924) qu’on attribue la paternité de la Fantasy et à l’américain Robert E. Howard celle de l’Héroïc Fantasy avec ses nouvelles du cycle de Conan le barbare publiées dans les années 30. Du côté de la bande dessinée il est tout aussi difficile d’évaluer avec exactitude l’arrivée de l’HF. On reconnaît cependant que c’est à la fin des années soixante-dix que les premières histoires "modernes" d’inspiration médiévale s’installent en France sous l’influence créatrice d’auteurs incontournables tels que Gal (Arn, Les Armées du Conquérant...), Moebius, Jodorowski (Alef-Thau), Druillet (Le Mage-Acrylic, une mention spéciale à Vuzz et son immortelle devise “Pille, pille, vole”), Rosinski (Thorgal) ou Loisel (La Quête de l’oiseau du temps). En 1992, quatre ans après sa création, l’éditeur Soleil lance sa première collection d’albums d’Héroïc Fantasy. Prennent naissance dans “Soleil de nuit” entre autres Les Maîtres Cartographes scénarisé par Christophe Arleston et dessiné par Paul Glaudel, puis Les Feux d’Askell (Arleston et Jean-Louis Mourier). Enfin Lanfeust de Troy (Arleston et Didier Tarquin) devient rapidement la série culte que tout le monde connaît et la clé de voûte éditoriale et économique des éditions Soleil.
L’Héroïc Fantasy vue par ceux qui la font…
Pour mieux cerner tout ce que représente l’Héroïc Fantasy au sein de la bande dessinée, des auteurs Soleil ont accepté de nous offrir leurs points de vue.
L’Héroïc Fantasy c’est quoi pour vous ?
- Jean-Charles Gaudin (Marlysa, le Feul, Galfalek, Les Princes d’Arclan…) : Le nouveau western ou l’équivalent fantastique du genre cape et d’épée.
- Nicolas Jarry (Les Brumes d’Asceltis) : Avant tout, une grande liberté de création. Un genre sans véritable limite sinon celle de ses envies et de son imagination.
- Ange (La Geste des Chevaliers Dragons, Paradis perdu) : Un peu de rêve ET un monde de brute.
- Ange : (La Geste des Chevaliers Dragons, Paradis perdu) : Le genre qui permet le plus de liberté artistique, surtout si on le prend dans son sens le plus large, celui qui va grosso modo de Conan à Star Wars. Non, Star Wars, c’est pas de la science fiction, c’est bien de la Fantasy...
- Christophe Arleston (Le Chant d’Excalibur, Les Forêts d’Opale, Lanfeust de Troy, Elixirs, Les naufragés d’Ythaq…) : Ça n’est pas un genre, c’en est douze ! De Conan le Barbare de Howard jusqu’aux Disque-Monde de Pratchett, la palette est extrêmement étendue. Je ne surprendrai personne en disant que personnellement, je suis beaucoup plus sensible à l’aspect Fantasy-ste qu’au côté héroïque de la chose. J’aime les auteurs qui utilisent ces univers pour les décaler et y glisser soit de l’humour, soit des petites paraboles sur notre monde. Je traite l’aspect héroïque avec pas mal de dérision.
- Jean-David Morvan (Zorn & Dirna) : C’est une autre manière de raconter le contemporain. Perso, je me fous pas mal des problèmes des barbares s’ils ne résonnent pas avec des préoccupations actuelles.
- Jean-Luc Istin : (Le Seigneur d’Ombre, Les Brumes d’Asceltis...) : Le renouveau des anciens mythes. Le polythéisme et ses héros une fois remplacé par le monothéisme ont créé une nécessité, celle d’imaginer un monde où tout est possible !
- Bruno Bessadi (Zorn & Dirna) : Du grand guignol, avec des elfes aux oreilles pointues, des lutins, des dragons, des batailles interminables entre armées gigantesques et des montures débiles pour ne pas avoir à dessiner des chevaux. Plus sérieusement, c’est un genre qui permet une grande liberté de création, bien que cloisonné dans une époque qui se veut médiévale, on peut malgré tout brasser plusieurs cultures, orientale, celte ou asiatique. On peut aussi y inclure quelques touches de technologie, bref un univers riche qui offre une grande liberté !
Comment l’avez-vous découverte ?
- Bruno Bessadi : Au cinéma, avec Conan le barbare de John Millius, et aussi Dar l’invincible, les frères Barbarians, Legend, l’Histoire sans fin, Dark Crystal sans oublier Musclor et les Maîtres de l’univers !
- Paul Glaudel (Les Maîtres Cartographes) : La montée ludique des jeux de rôles chez les jeunes a bouleversé les années 80. Un magazine comme Métal Hurlant a su polariser les intérêts grandissants pour les mondes imaginaires, et les talents des plus grands auteurs de l’époque ont « bousté » les cerveaux ravis de leurs lecteurs…Et La Quête de l’Oiseau du Temps de Loisel et Letendre symbolise l’avènement de ce genre !
- Jean-Luc Istin : Très tard ! Mon cœur a toujours balancé pour la S.F. C’est par les personnages celtiques que j’ai abordé l’H.F.
- Ange : Petit, oui, on peut le dire puisque j’était grand comme un Hobbit à l’époque... J’ai avalé les légendes de la table ronde comme tout bon breton et mon frère m’a fouré Bilbo dans les pattes quelques temps plus tard. Ensuite, c’est l’enchainement avec Le Seigneur des Anneaux… En terminale, je l’avais lu 4 fois.
- Ange : Comme beaucoup, je pense: à 13 ans, en lisant Le Seigneur des Anneaux. J’ai aussitôt su que j’avais trouvé ce que je cherchais, cette magie, cette impression de plongée en eaux profondes, et je suis allée voir le libraire du coin pour lui demander d’autres livres comme.... "ça". Le libraire, n’y connaissant rien, m’a orientée vers le rayon science-fiction. J’ai donc lu (et adoré) de la science-fiction (Spinrad, Herbert, Pohl) pendant des années, avant de tomber sur ma deuxième découverte "fantasy": Les Princes d’Ambre, de Roger Zelazny. Je suis amoureuse de ces deux séries. Ah, oui, et aussi du premier tome de la série L’Ombre du Bourreau, de Gene Wolfe, qui a un ton et une atmosphère unique.
- Nicolas Jarry : Le cursus classique de l’époque : livres dont on est le héros, vers 10 ans, puis lecture de classiques du genre, vers 13 ans (Tolkien, Edding, Les Neuf Princes d’Ambre, etc.) et enfin jeu de rôle. La spirale infernale quoi.
- Laurent Sieurac (Les Princes d’Arclan) : Comme beaucoup en BD via les aventures de Conan (même si c’est plus de la Sword and Sorcery que de l’Héroïc fantasy!) dessiné notamment par Barry Smith et "Big" John Buscema. Après bien sur les deux incontournables du genre en Franco-belge que sont La Quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre et Légendes des Contrées oubliées de Chevalier et Ségur. Et en littérature, forcément les récits de Howard et (grâce à un ami à la fac) David Edding (Le Chant de la Belgériade et La Mallorée), Tolkien, Weis et Hickmans, etc.
- Christophe Arleston : Nous sommes tous tombés dedans tous petits : les mythes gréco-romains comme les contes de Grimm, c’est déjà de la Fantasy. Jason et le Chat Botté font partie du vieux fond commun à tout le monde, et il ne faut pas croire qu’il s’agit d’un genre fermé. Beaucoup limitent la Fantasy au phénomène Tolkien, c’est beaucoup trop réducteur. Ce sont d’ailleurs des ouvrages que j’ai lus très tard, alors que mes premiers romans de Fantasy étaient ceux de Jack Vance (Cugel l’Astucieux), l’excellent Philip José Farmer (Le Cycle d’Opar, réedité le mois dernier) ou le talentueux Fritz Leiber (le Cycle des Epées, également réedité il y a peu).
- Jean-Charles Gaudin : Par la BD avec surtout… Rahan qui était pour moi une forme de fantasy ! Ont suivi les Conan et les Tarzan ! Il y avait déjà plein d’éléments fantasy dans les aventures du fils de la jungle. Et quels dessinateurs pour toutes ces séries !
- Jean-David Morvan : Conan. Je l’ai découvert par les couvertures de Nicolet, chez Lattes. Une bonne claque. Du coup j’ai essayé de lire d’autres romans de fantasy, vers 1981... Et je me suis endormi sur Le Seigneur des anneaux. C’est le pile inverse : ampoulé, molasson et verbeux.
Avez-vous des références, des modèles, une source d’inspiration de prédilection ?
- Jean-David Morvan : Conan. Une sorte de chant épique, bien plus subtil qu’il ne l’est, dans l’imaginaire collectif. Conan le barbare n’est pas un connard barbant, contrairement à ce jeu de mot lieu commun qu’on lit depuis 20 ans.
- Laurent Sieurac : un évènement historique : les Termopyles!
- Bruno Bessadi : Robert E.Howard et surtout Frank Frazetta. Écouter la B.O du film Conan le barbare composé par Basile Poldouris m’inspire par moment!
- Paul Glaudel : N’ayant découvert les romanciers Tolkien, Vance ou Pratchett que beaucoup plus tard, j’ai échafaudé des patchworks imaginaires plus personnels, tirant essence de ma culture sur le cinéma, l’astrologie, et même le sport ! Néanmoins, les univers picturaux des Moëbius, Bilal, et autres Corben, ont nourri mes essais graphiques et m’ont préparé visuellement à l’élaboration de mes futures BD…
- Ange : Alexandre Dumas. Et des romans classiques (pour le ton), et les contes de fées, et les comics, et le cinéma... Gaiman, Morrison, les frères Hernandez, Miyazaki...
- Laurent Sieurac : Essentiellement par la littérature et notamment Edding, Gemmel et pas mal d’autres parmi lesquels des français qui se sont engouffrés avec bonheur dans ce genre tels que Gaborit, Malagoli, Grimbert...
- Christophe Arleston : Je n’ai guère de références ou de sources d’inspiration spécifiques à la fantasy. Ce qui me plait, au contraire, c’est de transposer dans des mondes de fantasy des choses observées dans notre univers. Il faut enrichir ce genre par des apports permanents et non pas bégayer les sempiternelles mêmes références. C’est ce qu’a parfaitement compris de nos jours un auteur avec qui je me sens totalement en phase, le susmentionné Terry Pratchett. Par contre, vous l’aurez peut-être remarqué, toutes mes références sont liées au roman. Paradoxalement, je ne lis jamais de Fantasy en BD. Je ne sais pas pourquoi, ça ne m’attire pas ! Peut-être parce que j’en fais, justement. Quant au cinéma, il lui arrive aussi de faire de très belles choses, mais comme la BD, je trouve son format mal adapté à un genre qui se déploie sur des sagas.
Quel serait votre personnage fétiche, ou votre scène fondatrice, ou encore le décor ou l’objet indispensable ?
- Jean-David Morvan : Conan. Et en grand souvenir BD, la première scène du film, dessinée par William Stout et publié dans le Métal Hurlant “spécial Conan”.
- Bruno Bessadi : Ben, personnage fétiche Conan bien sûr (moi, mono-maniaque ?, vous rigolez! ). Et une décapitation à l’épée est une scène incontournable du genre !
- Paul Glaudel : Mes références sont tellement éclectiques que je ne peux cibler un évènement ou un visuel précis déclenchant une vocation ou une idée directrice. Seulement, je crois que le moteur de mon envie de créer vient de mon culte du « Héros » ! En effet, mettre en scène un personnage singulier et le faire vivre dans un monde inventé est particulièrement amusant ! Et puis, tout le monde le sait : Les auteurs de BD Héroïc-Fantasy n’aiment pas dessiner les voitures ni les chevaux, d’où l’invention de tous ces trolls ou montures…
- Jean-Charles Gaudin : Pour l’objet : Forcément un anneau ! C’est l’objet culte par excellence après la réussite cinématographique du Seigneur des anneaux.
- Ange : Mon personnage fétiche… allez, disons Aramis, pour la classe, le panache et l’intelligence. Ma scène préférée… Quand Frodo affronte Arachne dans les tunnels. Ou quand la petite fille tombe des nuages dans Le Chateau dans le Ciel. Le décor... les illustrations d’Alan Lee pour le Seigneur des Anneaux. Ou la découverte de la Porte de Mordor dans le film, une scène qui est d’ailleurs inspirée de la vision d’Alan Lee. L’objet indispensable… Une épée. Pour les duels.
- Ange : Deux scènes fétiches dans le Seigneur des Anneaux. Plus précisemment dans le retour du roi, la rencontre entre Eomer et Aragorn lors de la Bataille des champs du Pelennor (scène malheureusement oubliée dans le film). Et puis le siège du Gouffre de Helm, parce que cela me rappelle à la fois Fort Alamo et le défilé des Termopyles.
- Jean-Luc Istin : Mon personnage fétiche : le balrog et la scène qui tue : le balrog combattant Gandalf ! ça le fait vraiment, non ?
- Nicolas Jarry : Un vieux chevalier désillusionné.
Quel livre, BD, film ou dessin animé voudriez-vous conseiller ?
- Jean-David Morvan : Conan en roman (Comment ça, je l’ai déjà dit ?) et tout R.E. Howard, en général. Aussi les premières BD de B.W. Smith, et celles de John Buscema, en noir et blanc. Et quand même, Den… Le seul, je pense à approcher cette puissance brute.
- Paul Glaudel : Même si certains de mes films préférés sont Brazil de Terry Gilliam ou Existenz de David Cronenberg, je crois que l’incontournable en livre ou cinéma Héroïc-Fantasy est Le Seigneur des Anneaux. Jamais un univers n’a atteint une telle richesse (hormis la Bible) et son adaptation cinématographique n’a fait que confirmer l’immense puissance de ce récit. D’ailleurs, ça me donne envie de le revoir…
- Ange : Les Princes d’Ambre de Roger Zelazny. (Parce que Tolkien, vous l’avez déjà tous lu!)
- Nicolas Jarry : Pour moi c’est sans doute La Quête de l’Oiseau du Temps qui est vraiment l’élément déclencheur qui m’a poussé à écrire mes premières lignes.
- Jean-Charles Gaudin : En BD : Mes abums (rires). Au cinéma : Excalibur et le Seigneur des Anneaux.
- Christophe Arleston : Si on a droit qu’à une seule ligne dans son bon de commande à Amazon, je choisirais un roman, bien sûr, et un Pratchett. Sans doute Pyramides, l’un des meilleurs de la série du Disque-Monde.
- Laurent Sieurac : … Legend de David Gemmel !
- Bruno Bessadi : Les romans de Howard! Je n’ai jamais lu le seigneur des anneaux, j’ai commencé mais c’était chiant, et les films, m’ont dissuadé de continuer. En BD : Légendes des Contrés oubliées, une réussite! Tygra la glace ou le feu est un dessin animé indispensable réalisé par Frank Frazetta. Sinon je voudrais bien revoir Dar l’Invincible (The Beastmaster) de Don Coscarelli, même si je crains le pire, avis aux lecteurs !
- Ange : Le Seigneur des Anneaux (le roman, bien sûr, même si le film est une réussite). Il y a tout dedans et pour les nouveaux lecteurs, ceux qui ont découvert l’héroïc fantasy avec des romans plus récents, il faut juste se dire qu’avant le seigneur des anneaux, il n’y avait rien. Rien du tout.
Deuxième partie : ici.
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